Impressões de filmagem : " Corisco e Dadá" - Sylvie Debs  

 

IMPRESSIONS DE TOURNAGE

                                                                  11 août 1994 - Fortaleza

Tourner à l’improviste, avec des modèles inconnus, dans des lieux imprévus propres à me maintenir dans un état tendu d’alerte.

Ultime étape d’un périple de plusieurs semaines à travers le Brésil pour aller à la rencontre de ce pays qui jusque-là se limitait à quelques romans, à quelques films. Un univers a priori dense, complexe, rebelle, exigeant. Avec cette langue qui toujours m’échappe, ce sentiment d’être prisonnière, de vivre dans une bulle de verre. Avec cette solitude, ce soliloque avec ce journal, pour fixer quelques impressions, pour interroger ce dépaysement, pour accompagner la découverte. Jusqu’au jour où, étiolée par la chaleur, recueillie dans mon silence forcé, je me préparais à l’entretien qui me serait accordé par le cinéaste cearense Rosemberg Cariry. Je n’avais jamais vu ses films. Je n’avais jamais vu d’image de lui... A quoi ressemblerait-il ? Quel accueil me réserverait-il ? Quel serait son univers ?

                                                                      18 août 1994 - Fortaleza

Que ce soit les sentiments qui amènent les événements. Non l’inverse.

Les feuilles abandonnées d’un fax flottent sous le souffle du ventilateur, des photos noir et blanc éparses bâillent dans un tiroir, un chapeau de vaqueiro suspendu au mur, une porte ouverte... et personne dans ce bureau de la maison de production qu’on a aimablement mis à ma disposition... Je m’installe et commence, un crayon à la main, la lecture de Corisco e Dadá. Mon crayon reste muet devant le surgissement de cette femme, de ses tourments, de sa témérité, de sa détermination. Crudité des faits, âpreté du climat, brutalité du destin, cruauté des images. J’accompagne ces personnages errants dans ces plaines, ces étendues désertiques et épineuses, ce soleil vorace, ces enfants morts dans leurs bras, l’un après l’autre. Univers inclément, hostilité implacable. Qui me brûle à mon tour... Vitalité poétique, respiration lyrique, voix qui se répondent comme dans un choral : voix ancestrale de la vieille Perpétua qui ressuscite le passé, voix de Dadá qui invoque le droit à la dignité de vivre, voix de l’aveugle qui prédit l’avenir, voix de Rufino qui vomit la haine, voix de Gitirana qui chante l’amour, voix de Maria Bonita qui clame la vanité, et puis voix terrible de Corisco qui blasphème... Cris... Hurlements... Je ne retiens que des cris... Se figent sous mes yeux ces dernières paroles de Perpétua comme un viatique : 

La mémoire, souvent, ressemble à un feu brûlant l’âme des gens. Il y a des choses vues qui ne se peuvent oublier. Jamais.

                                                                                                              26 août 1994 - Fortaleza

Il faut être beaucoup pour faire un film, mais un seul qui fait, défait, refait ses images et ses sons, en revenant à chaque seconde à l’impression ou à la sensation initiale, incompréhensible aux autres, qui les a fait naître.

Veille de mon départ. Je dîne avec Rosemberg Cariry et découvre petit à petit le terreau de ce cri de détresse, la glaise cette détermination poignante, le ferment de cette dignité retenue... Il s’agit d’êtres humains et non de personnages, il s’agit de réalités et non d’artifices, il s’agit de du temps présent et non d’un passé lointain... La vie est là, qui sourd sous le discours baroque enflammé du réalisateur... Mes repères basculent, mon regard se dessille, mon âme se laisse émouvoir par le témoignage de Dadá. C’est elle qui lui a confié le drame, c’est elle qui a hanté sa mémoire depuis, c’est elle qui vient le visiter en songes et l’habiter de ses visions. Voix féminine, voix profonde et intérieure qui court et vibre après tant d’années de silence et d’oubli... Voix d’un passé étrangement présent pour ceux qui ont l’âme écorchée par des humiliations semblables... Voix qui convoque les souvenirs d’enfance du réalisateur... Pudeur, décence, réserve. Le peuple sertanejo est sec de paroles... Il faut apprendre à percevoir l’émotion cachée, à entendre ce qui ne se dit pas...

                                                                              9 novembre 1994 - Strasbourg

Tournage. Tu ne sauras que beaucoup plus tard si ton film vaut la chaîne de montagnes d’efforts qu’il te coûte.

Voix à peine audible sur mon répondeur. L’appel vient de loin, d’outre-Atlantique. Il me faut apprivoiser les sonorités, déchiffrer ces mots prononcés dans l’attente d’un probable récepteur. J’identifie la voix de Rosemberg Cariry, venue des profondeurs du sertão, voix brisée par le climat, rompue par le travail, harassée par les difficultés, mais habitée par la passion, animée par l’enthousiasme, portée par la force du film. Message confirmé par la lettre suivante :

«A realização do filme Corisco e Dadá é para mim um grande desafio. Uma imensa paixão me move neste filme, mas são muitas as dificuldades que tenho que vencer. Trabalhamos em seis cidades, nos sertões do Ceará, em locações dificeis e adversas. Muito, muito trabalho, que espero valer todas as penas.»
                                                  Rosemberg Cariry, Fortaleza, 2 de dezembro de 1994.

                                                                                12 décembre 1994 - Strasbourg

Ces jours horribles, où je prends le dégoût du tournage, où je suis épuisé, impuissant devant tant d’obstacles, font partie de ma méthode de travail.

Je lirai plus tard dans un entretien de Chico Diaz, l’interprète de Corisco, qu’il n’avait pas besoin de mise en condition particulière pour incarner le rôle : l’absence de commodités, la chaleur oppressante, la luminosité aveuglante, les heures d’attente, la convivialité avec les sertanejos, leur parler, leur caractère l’ont amplement préparé à exprimer ce cri de révolte et de vengeance qui traverse tout le film. La survie dans la caatinga, l’obligation de se soumettre aux lois de la nature, eurent rapidement raison de tous les clichés. Sentiment d’impuissance, sentiment de relativité, confrontation avec soi-même, confrontation avec l’essentiel. Il n’y a plus de cinéma qui tienne. La seule image, c’est celle que le regard de l’autre reflète. La seule issue, c’est de repousser sans cesse et encore les limites qu’on ne pensait jamais pouvoir atteindre. Créer, c’est tirer les éléments du néant.

                                                                              31 janvier 1995 - Strasbourg

Une image trop attendue (cliché) ne paraîtra jamais juste, même si elle l’est.

Je viens de recevoir les premières images de tournage en couleur, dont un portrait de Corisco et Dadá. Première matérialisation, premier choc, première rencontre avec ces êtres que j’ai côtoyés depuis quelques mois. Bien sûr, j’avais en mémoire les clichés de Benjamin Abraão, ceux d’Othon Bastos, Corisco à deux têtes de Glauber Rocha, et puis le quasi mythique Milton Ribeiro de Lima Barreto. Je reste stupéfaite, interdite devant tant de superbe, d’audace, d’humanité. Leur expression est noble, distinguée, imposante. Ils sont véritablement majestueux, avec ce regard qui sait qu’il ne ment pas, qui peut soutenir l’horreur. C’est un couple qui entre de plain-pied dans la mythologie sertaneja.

                                                                          11 avril 1995 - Fortaleza

Le lien insensible qui lie tes images les plus éloignées et les plus différentes, c’est ta vision.

Enfin les premières images en mouvement sur l’écran sautillant de la table de montage, dans une froidure quasi polaire, à deux pas de la fournaise. Pas de bande-son encore, seuls les dialogues sont audibles. Rouge et or, vie et lumière, feu et lave... Un soleil de sang, le regard empourpré de Corisco, un oeil de boeuf sanguinolent, voilà les outils du forgeron dans son établi... Je retrouve dans l’image cette impétuosité du discours, ce jaillissement de mots baroques, cet éclair étrange qui habite le regard... Cet attenant que je ne perçois pas, cette harmonie qui me fait défaut, cette cohésion que je recherche dans le chaos, les voici devant moi incarnés, évidents, lumineux... Présence prégnante du cosmos, dimension palpable de la terre, solennité des éléments...

                                                                                 30 mai 1995 - Montréal

L’avenir du cinématographe est à une race neuve de jeunes solitaires qui tourneront en y mettant leur dernier sou et sans se laisser avoir par les routines matérielles du métier.

«Merci. Enfin des nouvelles de Cariry, après plus de trois ans de silence. Heureux de voir qu’il produit ce dont il rêve depuis toujours : ses films enracinés dans un mélange bien à lui de culture, folklore, religion, et pur humanisme. Il a sa griffe, indéniable, avec des naïvetés qui me plaisent, car elles sont bien le sang du Sertão, le sang du Nordeste. Il a le génie des purs, un peu fous, et beaucoup trop oubliés. Ce sont ces gens-là qui après tout légitiment la vie, sur une planète et à une époque où l’on s’acharne à la détruire.»
                                                                                       Michel Régnier, cinéaste.

                                                                             25 juillet 1995 - Fortaleza

Ne te refuse pas aux prodiges. Commande à la lune, au soleil. Déchaîne le tonnerre et la foudre.

Cabeças cortadas. Cette photo mythique, apprêtée par la police, qui donne à voir les onze têtes coupées de Lampião et de sa bande le 28 juillet 1938 à Angicos, avec leurs armes et leurs chapeaux, leurs musettes brodées et les machines Singer, les cartouchières garnies de munitions, et les noms des victimes comme un trophée de chasse, elle est là sous mes yeux, en gros plan, en insert, dans le viseur de la caméra. Images étrangement irréelles, étonnement lointaines, curieusement aseptisées. La mise en scène, la mise en ordre, la mise en vitrine a annihilé la violence initiale, l’inacceptable. Il est de plus en plus urgent de réveiller les morts.

                                                                                      20 août 1995 - Canoa Quebrada

Quand tu ne sais pas ce que tu fais et que ce que tu fais est le meilleur, c’est cela l’inspiration.

Impressions de tournage. Des badauds attroupés ce dimanche après-midi autour de l’équipe au travail... La voile rouge de la jangada échouée sur les dunes offre une ombre parcimonieuse... Des techniciens, sous des housses en plastique, règlent leurs appareils... Un ange surgi des flots la tête couronnée de fleurs dispute ses charmes au vent... Des têtes coupées se détachent sur la blancheur ouatée de ses ailes, comme l’envol des âmes... Le cameraman creuse un large trou dans le sol pour s’y engouffrer avec son instrument... Des poissons multicolores pris dans un filet de pêcheur implorent la fin de leur agonie... Des enfants sagement assis oublieux de la chaleur tracent des lignes énigmatiques dans le sable... Rosemberg Cariry, absorbé par sa conversation avec l’ange, prend d’un air distrait le verre d’eau qu’on lui tend... Un voile de tulle flotte au vent et taquine l’objectif... Un angelot pleure dans les bras de sa mère à la vue des têtes coupées sur le sable... Des photographes amateurs souffrent de ne pouvoir tout enregistrer... Le soleil bientôt disparaît et laisse un sillon de nostalgie derrière lui... Superposition de couleurs : le ciel, la mer, le désert, le reflet du soleil... o sertão vai virar mar... Demain, un autre jour...

N.B. : Les citations en italiques sont empruntées à Robert BRESSON, Notes sur le cinématographe, Editions Gallimard, Paris, 1975, 140 p.

                                                                             Roxane, Strasbourg, le 12 février 1996.

 

 

IMPRESSÕES DE FILMAGEM   - CORISCO E DADÁ

                                                                11 de agosto de 1992 - Fortaleza

Filmar, de repente, com modelos desconhecidos, em lugares imprevistos, próprios a manter-me num estado tenso de alerta.

Última etapa de um périplo de várias semanas através do Brasil para ir ao encontro desse país que, até então, se limitava a alguns romances, a alguns filmes. Um universo a priori denso, complexo, rebelde, exigente. Com essa língua que sempre me escapa, esse sentimento de ser prisioneira, de viver numa bolha de vidro. Com essa solidão, esse solilóquio com o diário para fixar algumas impressões, para interrogar esse desterro, para acompanhar a descoberta. Até o dia em que, enfraquecida pelo calor, recolhida no meu silêncio forçado, eu me preparava para a entrevista que me seria concedida pelo cineasta cearense Rosemberg Cariry. Nunca tinha visto seus filmes. Nunca tinha visto uma imagem sua... Com quem ele se pareceria? Que acolhida me faria? Qual seria seu universo?

                                                                                 18 de agosto de 1994 - Fortaleza

Que sejam os sentimentos a conduzir os acontecimentos. Não o contrário.

As folhas abandonadas de um fax flutuam ao sopro do ventilador, as esparsas fotos preto e branco estão espalhadas numa gaveta, um chapéu de vaqueiro pendurado na parede, uma porta aberta... e ninguém nesse escritório da produtora que amavelmente foi posto à minha disposição... Instalo-me e começo, com um lápis na mão, a leitura de Corisco e Dadá. Meu lápis permanece mudo diante do surgimento desta mulher, de seus tormentos, de sua temeridade, de sua determinação. Crueza dos fatos, aspereza do clima, brutalidade do destino, crueldade das imagens. Acompanho esses personagens errando nas planícies, nas extensões desérticas e espinhosas ; esse sol voraz, essas crianças mortas em seus braços, uma após a outra. Universo inclemente, hostilidade implacável. Que por sua vez queima... Vitalidade poética, respiração lírica, vozes que se respondem como num coral : voz ancestral da velha Perpétua que ressuscita o passado, voz de Dadá que invoca o direito à dignidade de viver, voz do cego que prevê o futuro, voz de Rufino que vomita o ódio, voz de Gitirana que canta o amor, voz de Maria Bonita, que clama a vaidade, e depois voz terrível de Corisco que blasfema... Gritos... Uivos... Registro somente gritos... Congelam-se sob os meus olhos as últimas palavras de Perpétua como um viático :

A MEMÓRIA, MUITAS VEZES, PARECE UM FOGO QUEIMANDO A ALMA DAS PESSOAS. HÁ COISAS VISTAS QUE NÃO SE PODEM ESQUECER. NUNCA.

                                                                                 26 de agosto de 1994 - Fortaleza

É preciso ser muitos para fazer um filme, mas um só faz, desfaz, refaz suas imagens e seus sons, voltando a cada segundo à impressão ou à sensação inicial, incompreensível para os outros, que as fez nascer.

Véspera de minha partida. Janto com Rosemberg Cariry e descubro pouco a pouco o húmus desse grito de desespero, a argila dessa determinação pungente, o fermento dessa dignidade discreta... Trata-se de seres humanos e não de personagens, trata-se de realidades e não de artifícios, trata-se do tempo presente e não de um passado longínquo... A vida está aí, nascendo sob o discurso barroco inflamado do diretor... Minhas referências oscilam, meus olhos se abrem, minha alma se deixa emocionar pelo testemunho de Dadá. Foi ela quem lhe confiou o drama, é ela quem ronda sua memória desde então, é ela quem o vem visitar em sonhos e o habitar com suas visões. Voz feminina, voz profunda e interior que corre e vibra após tantos anos de silêncio e de esquecimento... Voz de um passado estranhamente presente para aqueles que têm a alma esfolada por humilhações semelhantes... Voz que convoca as lembranças de infância do diretor... Pudor, decência, reserva. O povo sertanejo é seco de palavras... É preciso aprender a perceber a emoção escondida, a ouvir o que não se diz...

                                                                         19 de novembro de 1994 - Estrasburgo

Montagem. Só saberás bem mais tarde se teu filme vale a cadeia de montanhas de esforços que ele te custa.

Voz apenas audível na minha secretária eletrônica. A chamada vem de longe, do outro lado do Atlântico. Preciso armazenar as sonoridades, decifrar essas palavras pronunciadas à espera de um provável receptor. Identifico a voz de Rosemberg Cariry, vindas das profundezas do sertão, voz alquebrada pelo clima, cansada pelo trabalho, estafada pelas dificuldades, mas habitada pela paixão, animada pelo entusiasmo, excitada pela força do filme. Mensagem confirmada pela seguinte carta : 

“A realização do filme Corisco e Dadá é para mim um grande desafio. Uma imensa paixão me move neste filme, mas são muitas as dificuldades que tenho que vencer. Trabalhamos em dez cidades, nos sertões do Ceará e Pernambuco, em locações difíceis e adversas. Muito, muito trabalho, que espero valer todas as penas”.
                                                 Rosemberg Cariry, Fortaleza, 2 de dezembro de 1994

                                                                       12 de dezembro de 1994 - Estrasburgo

Esses dias horríveis, em que perco o gosto de filmar, em que estou esgotado, impotente diante de tantos obstáculos, fazem parte de meu método de trabalho.

Lerei mais tarde, numa entrevista de Chico Diaz, o intérprete de Corisco, que ele não tinha necessidade de condições particulares para encarnar o personagem : a falta de comodidades, o calor sufocante, a luminosidade que cega, as horas de espera, a convivência com os sertanejos, seu falar, seu caráter o prepararam amplamente para exprimir esse gosto de revolta e de vingança que atravessa todo o filme. A sobrevivência na caatinga, a obrigação de submeter-se às leis da natureza, dominaram rapidamente todos os clichês. Sentimento de impotência, sentimento de relatividade, confrontação consigo mesmo, confrontação com o essencial. Não há mais cinema que resista. A única imagem é a do olhar que o outro reflete. A única saída é rejeitar continuamente e sempre os limites que não se pensaram nunca poder atingir. Criar é retirar os elementos do nada.

                                                                      31 de janeiro de 1995 - Estrasburgo

Uma imagem por demais esperada (clichê) nunca parecerá correta, mesmo se o é.

Acabo de receber as primeiras imagens da filmagem a cores, entre as quais um retrato de de quem estive perto desde há alguns meses. Sem dúvida, eu tinha na lembrança os clichês de Benjamin Abraão, os de Othon Bastos, Corisco de duas cabeças de Glauber Rocha, e depois o quase mítico Milton Ribeiro, de Lima Barreto. Fico estupefata diante de tanta altivez, audácia, humanidade. Sua expressão é nobre, distinta, imponente. Eles são verdadeiramente majestosos, com esse olhar que não sabe mentir, que pode encarar o horror. É um casal que entra sem dificuldades na mitologia sertaneja.

                                                                                        11 de abril de 1995 - Fortaleza

O elo insensível que liga as imagens mais distantes e mais diferentes é a tua visão.

Enfim as primeiras imagens em movimento sobre a tela saltitante da mesa de montagem, numa frieza quase polar, a dois passos do calor sufocante. Ainda não há sonorização, só os diálogos são audíveis. Vermelho e ouro, vida e luz, fogo e lava... Um sol de sangue, o olhar púrpura de Corisco, um olho de boi sanguinolento, eis aí as ferramentas do ferreiro no seu estabelecimento... Encontro na imagem essa impetuosidade do discurso, esse brotar de palavras barrocas, esse clarão estranho que habita o olhar... Esse contínuo que eu não percebo, essa harmonia que me faz falta, essa versão que busco no caos, ei-los diante de mim encarnados, evidentes, luminosos... Presença prenha do cosmos, dimensão palpável da terra, solenidade dos elementos...

                                                                                  30 de maio de 1995 - Montreal

O futuro do cinematógrafo pertence a uma raça nova de jovens solitários que filmarão botando nisso seu último tostão e sem se deixar desanimar pelas rotinas materiais da profissão.

“Obrigado. Finalmente novidades de Cariry, depois de mais de três anos de silêncio. Feliz em ver que ele produz isto com que sonha desde sempre : seus filmes enraizados, numa mistura própria a ele, de cultura, folclore, religião e puro humanismo. Ele possui a sua marca, inegável, com ingenuidades que me agradam, pois elas são, de fato, o sangue do sertão, o sangue do Nordeste. Ele tem o gênio dos puros, um pouco loucos, e por demais esquecidos. São essas pessoas que, afinal de contas, legitimam a vida no planeta, e numa época em que se obstinam em destruí-la”.
                               Michel Régnier, cineasta.

                                                                                25 de julho de 1995 - Fortaleza

Não te recusa aos prodígios. Ordena à lua, ao sol. Desencadeia o raio e a tempesta.

Cabeças cortadas. Essa foto mítica, preparada pela polícia, que deixa ver as onze cabeças cortadas de Lampião e seu bando, a 28 de julho de 1938, em Angicos, com suas armas e seus chapéus, seus sacos de pano bordados e as máquinas Singer, as cartucheiras guarnecidas de munições, e o nome das vítimas como um troféu de caça, está aqui, debaixo de meus olhos, em primeiro plano, inserida, no visor da câmera. Imagens estranhamente irreais, surpreendentemente longínquas, curiosamente assepsiadas. A encenação, a ordenação, a exposição em vitrine aniquilou a violência inicial, o inaceitável. É cada vez mais urgente despertar os mortos.

                                                                      20 de agosto de 1995 - Canoa Quebrada

Quando não sabes o que fazes e o que fazes é o melhor, é isso a inspiração.

Impressões de filmagem. Curiosos reunidos neste domingo à tarde ao redor da equipe que trabalha... A vela vermelha da jangada encalhada nas dunas oferece uma sombra parcimoniosa... Técnicos, com capas de plástico, regulam seus aparelhos... Um anjo surgido das ondas, com a cabeça coroada de flores, disputa com o vento seus encantos... Cabeças cortadas se destacam na brancura algodoada de suas asas, como o enlevo das almas... O cameraman faz um grande buraco no chão para nele abismar-se com seu instrumento... Peixes multicores pegos numa rede de pescar imploram o fim de sua agonia... Crianças tranqüilamente sentadas, esquecidas do calor, traçam linhas enigmáticas na areia... Rosemberg Cariry, absorvido pela sua conversa com o anjo, pega com um ar distraído o copo d’água que lhe estendem. Uma vela de tule flutua ao vento, provoca a objetiva... Um anjinho chora nos braços de sua mãe à vista das cabeças cortadas sobre a areia... Fotógrafos amadores sofrem por não poder registrar tudo... O sol logo desaparece e deixa um sulco de nostalgia detrás dele... Superposição de cores : o céu, o mar, o deserto, o reflexo do sol... O sertão vai virar mar... Amanhã, um outro dia...

N.B.: As citações em negrito são tomadas de Robert Bresson, Notes sur le cinématographe, Editions Gallimard, Paris, 1975, 140 p.

                                                 Roxane, Estrasburgo, 12 de fevereiro de 1996.